"Cassos : Le Mythe de la Créature Profiteuse à Plumes de Pélican et Chaussettes-Claques-Gucci. Enquête (très) Sérieuse sur Ceux qui Dérangent le Bon Ordre du Monde (et de la File d'Attente à la CAF)."



 Le "Cassos", une espèce en voie de caricature avancée

Mesdames, Messieurs, chers contribuables fatigués (et par conséquent chers contribuables potentiellement très irritables), accrochez-vous. Nous allons nous aventurer sur un terrain miné, glissant, et recouvert de mégots de cigarettes achetées, bien sûr, avec l'argent de vos impôts (selon la légende urbaine la plus tenace). Le sujet du jour : le "Cassos".

Ah, le "Cassos" ! Ce terme merveilleux, né de la contraction pleine de mépris (et de paresse linguistique) de "Cas Social", est devenu en quelques décennies l'épouvantail ultime de la société bien-pensante, l'archétype du mal absolu qui se tapit dans l'ombre du système social. Il est le sujet idéal de la discussion du dimanche midi entre l'oncle Bernard, expert en géopolitique de comptoir, et la tante Ginette, spécialiste des fraudes à l'aide au logement vues sur Facebook.

Mais qui est-il, cet être mystérieux ? Est-ce un mutant génétique doté de la capacité de convertir instantanément l'argent du RSA en tickets de grattage gagnants ? Est-ce un gourou ayant la faculté de faire pousser des écrans plasma à partir de souches de chômage longue durée ?

Non. Le "Cassos" n'est pas une personne. C'est un mythe. C'est une construction mentale, une sorte de Frankenstein social assemblé avec tous les clichés les plus douteux : la fainéantise supposée, le mauvais goût vestimentaire (un critère étonnamment récurrent !), le non-respect des règles de savoir-vivre (cracher par terre, écouter du rap trop fort, etc.), et, bien sûr, la suspicion éternelle de fraude aux aides sociales. En bref, le "Cassos" est le miroir déformant de toutes nos peurs et de nos jugements de classe.

Et c'est précisément de ce mythe que nous allons parler. Préparez-vous à une immersion (humoristique et totalement absurde, bien sûr) dans l'univers secret du profiteur présumé. Car, dans l'imaginaire collectif, il y a une question qui brûle les lèvres : profitent-ils vraiment du système, et surtout, n'en abusent-ils pas pour mener une vie de luxe insoupçonné ?

Chapitre I : Anatomie du "Cassos" Mythique et son Kit de Survie du Profiteur de Luxe

Pour bien comprendre la menace, il faut d'abord l'identifier. Le "Cassos" mythique n'est pas un individu en difficulté, non, non. C'est un super-héros de l'escroquerie administrative, un virtuose de la paperasse, capable de naviguer dans les arcanes de la CAF avec l'aisance d'un dauphin dans l'eau tiède d'une piscine olympique.

La Garde-Robe du Profiteur

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le "Cassos" de légende ne vit pas dans un taudis. Il a simplement développé un goût très... alternatif pour le luxe. Son uniforme de combat, souvent décrit dans les conversations chuchotées, se compose d'éléments clés :

  1. Les Claquettes-Chaussettes : La toge des dieux de la non-productivité. Ce combo, loin d'être un simple signe de négligence, est en réalité un marqueur de résistance au capitalisme vestimentaire. C'est l'affirmation bruyante et visuelle : "Je refuse l'esclavage des chaussures à lacets, et l'État me le paye !"

  2. Le Survêtement d'une Marque de Luxe à Bas Prix : Idéalement, une marque française que personne ne prononce correctement, achetée dans un lieu dont l'existence même est un mystère (mais qui fait un bruit de plastique neuf et sent l'essence). C'est le camouflage parfait. Le monde pense que c'est de la pacotille. En réalité, c'est un tissu technique qui lui permet de se déplacer à travers les portiques de sécurité de la Sécurité sociale sans se faire repérer.

  3. L'Accessoire Indispensable : La Pochette Magique : Elle n'a l'air de rien, mais c'est là qu'il cache les notices cryptées de l'administration, les codes d'accès à la matrice du système d'aides, et surtout, le ticket de caisse du dernier écran plat 8K acheté avec un crédit renouvelable qu'il ne remboursera jamais (mais c'est le mythe qui le dit !).

La Stratégie Économique du "Cassos"

L'escroquerie supposée ne se limite pas à la perception du RSA. Non. C'est une œuvre d'art, un Opus Magnum de l'optimisation fiscale inversée.

  • Le Mythe de la Multi-Aide : Il est capable de cumuler le RSA, l'APL, le chômage (on ne sait pas comment, c'est un mystère de l'ingénierie administrative), la prime de Noël, et, en secret, une rente de la Reine d'Angleterre pour "services rendus à la dérégulation du marché du travail". Le tout en ayant son propre empire immobilier invisible (un mobil-home mal déclaré à la campagne) et en conduisant une voiture de sport qu'il a "retapée lui-même" (ce qui veut dire qu'il a volé des pièces sur trois carcasses pour en faire une seule).

  • L'Usage Subversif de la Carte Vitale : Certains murmurent qu'il utilise sa Carte Vitale non pas pour se faire soigner, mais pour débloquer des offres secrètes dans les supermarchés. Chaque fois qu'il achète des chips, un billet de loterie sort de la machine. Un véritable hold-up légal !

Il est clair que ce niveau d'ingéniosité mériterait un prix Nobel d'Économie Alternative. Le problème, c'est que ce mythe est tellement puissant qu'il éclipse la réalité : les vrais "cas sociaux" sont en général des gens qui passent la moitié de leur temps à galérer pour monter des dossiers qu'ils ne comprennent pas et qui ont souvent trop honte de demander des aides auxquelles ils ont pourtant droit. Mais où serait le fun là-dedans ?

Chapitre II : L'Abus du Système, ou la Tragédie du Pélican qui ne Voulait qu'un Café

La question centrale est là : abusent-ils ? Dans le mythe, la réponse est un "OUI !" retentissant, accompagné de roulements de tambour et d'un cri d'orfraie de l'oncle Bernard.

L'État, ce généreux mécène, déploie un système social qui, selon la légende, est conçu comme un buffet à volonté pour les profiteurs.

Le Buffet Social à Volonté (Version Imaginaire)

Imaginez le système social comme un énorme supermarché.

  • Le Rayon RSA/Allocation : Ici, vous ne payez rien. Vous entrez, vous prenez l'argent (qui sort d'une borne magique, l'argent du contribuable) et vous repartez. La seule condition ? Avoir l'air le plus négligé possible pour ne pas éveiller les soupçons d'un potentiel "travail dissimulé".

  • La Section Aides au Logement (APL) : C'est le jeu de la chaise musicale. Vous déménagez tous les 6 mois dans un appartement neuf (mais étrangement situé dans un quartier qui fait peur aux gens bien), et l'État vous offre une prime de "déménagement intensif".

  • Le Programme Vacances-Travail (Théorique) : Pendant que vous, chers travailleurs, prenez des congés payés pour aller visiter la maison de votre belle-mère dans le Morbihan, le "Cassos" de fiction s'envole en Thaïlande, payé par un reliquat d'Allocation de Rentrée Scolaire (ARS) qu'il a savamment placé en Bourse pendant l'été.

Le comble de l'abus, c'est l'attitude. Le mythe veut que le "Cassos" soit non seulement profiteur, mais aussi arrogant. Il vous regarde de haut, vous le contribuable qui travaille 40 heures par semaine pour payer ses cigarettes, avec un sourire en coin qui signifie : "Hé hé, on est vendredi, je vais pouvoir m'acheter une PS5 avec la prime de ceci-cela, pendant que toi, tu vas t'épuiser à la caisse du supermarché."

La Réalité (Glissée Discrètement au fond d'une Note de Bas de Page)

Maintenant, si l'on met de côté la science-fiction sociale, que se passe-t-il ?

La fraude aux prestations sociales est une réalité. L'État français estime que la fraude sociale est de plusieurs milliards d'euros. Cependant, il faut la diviser en deux catégories pour calmer l'oncle Bernard :

  1. La Fraude aux cotisations : Des employeurs qui ne déclarent pas correctement leurs salariés. (Beaucoup, beaucoup plus d'argent que l'autre catégorie).

  2. La Fraude aux prestations : Des gens qui fraudent pour toucher des aides (le fameux "Cassos" de la légende).

La Cour des Comptes et divers rapports ont souvent rappelé que le montant des aides non réclamées (le "non-recours" aux droits) est souvent beaucoup plus important que le montant des fraudes aux prestations sociales.

C'est là que l'image du "Cassos" génialement fraudeur s'effondre. Le véritable problème social, c'est souvent celui de la complexité administrative et de la honte.

Imaginez la scène : le "Cassos" de la légende, ce maître de l'abus, qui aurait en réalité 50 % de chances de ne même pas avoir rempli son dossier d'APL parce qu'il n'a pas compris la ligne G-42c du formulaire 2154-bis. La tragédie du profiteur mythique, c'est qu'il est souvent trop désorganisé ou trop fier (ou simplement trop submergé par ses propres difficultés) pour abuser du système de manière efficace. Ironie de la situation : le système est mieux protégé par sa propre complexité que par une armée d'inspecteurs !

Le Cliché Vêtementaire et la Dictature du Goût

Pourquoi le "Cassos" est-il toujours associé à un style vestimentaire douteux ? L'un des marqueurs les plus violents de ce mépris de classe est l'idée que si vous recevez de l'aide, vous devez en plus vous excuser d'exister en portant des vêtements discrets, neutres, et surtout, qui ne trahissent aucune forme de plaisir personnel.

Le "Cassos" et le Code de l'Élégance du Pauvre

Dans l'imaginaire, un "Cas Social" devrait :

  1. Porter des vêtements de seconde main de couleur beige, gris ou marron (couleurs de la modestie).

  2. Ne jamais avoir de logo visible, sous peine d'être accusé de "flamber" (avec l'argent de l'État !).

  3. Afficher une expression de "Tristesse Modérée et Reconnaissance Silencieuse" pour prouver sa légitimité à l'aide.

Le moment où le mythe du "Cassos" explose, c'est quand il achète, avec son argent (légalement gagné, ou même vraiment de l'aide sociale), un objet qui dépasse la simple survie : une console de jeux, une télévision un peu trop grande, un vêtement de marque (même contrefait).

C'est là que le jugement de valeur atteint son paroxysme. Le message implicite de l'oncle Bernard est : "Si tu es pauvre, tu n'as pas le droit d'avoir de plaisir. L'aide sociale sert à survivre, pas à vivre. Et surtout, elle sert à te punir de ne pas faire partie des gagnants. Donc, reste dans ta misère en silence et sans te plaindre."

Le "Cassos" qui achète une Playstation 5 est le pire ennemi du mythe. Il est la preuve que même dans la précarité, l'être humain cherche à s'échapper, à rêver, à avoir une vie au-delà de la survie. Et ça, dans la culture du mérite par le travail acharné, c'est une hérésie.

Conclusion : Le Cassos est en Nous (Dieu nous en préserve !) et Il est surtout Invisible

Finalement, qui est le "Cassos" ?

Ce n'est pas l'homme ou la femme en difficulté, empêtré dans la bureaucratie, jonglant entre un salaire misérable et des aides compliquées. Ces personnes sont simplement des citoyens en galère, qui, comme les autres, ne demandent qu'à s'en sortir.

Le "Cassos" est un fantôme. C'est l'image que la société projette sur ceux qu'elle ne veut pas voir. C'est le bouc émissaire parfait pour justifier nos propres frustrations face aux impôts, à la complexité de la vie, et à l'idée que nous pourrions, nous aussi, "tomber".

Quand l'oncle Bernard peste contre le "Cassos" qui abuse, il ne parle pas de la fraude. Il parle de la peur. La peur de la déchéance, la peur d'être, un jour, celui qui doit demander. Et la peur de la complexité d'un système que l'on voudrait simple : le bien à ceux qui travaillent, le mal à ceux qui ne travaillent pas.

La réalité, c'est que la plupart des gens qui touchent des aides sociales sont des petits salariés, des mères célibataires, des retraités, des étudiants précaires, des travailleurs à temps partiel subi, ou des handicapés. La fraude ? Elle est omniprésente, mais elle est surtout ailleurs. Elle se niche dans les optimisations fiscales des grandes entreprises, dans les paradis fiscaux, et dans les gros dossiers d'abus d'argent public, loin des claquettes-chaussettes et des paquets de chips.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez le mot "Cassos", souriez. Rappelez-vous que derrière ce terme se cache une créature mythologique, le Pélican-Profiteur-du-RSA-à-Chaussettes-Claques-Gucci, un monstre de l'administration créé pour nous empêcher de voir la vérité : que le système social est à la fois indispensable, complexe, et souvent insuffisant pour ceux qui en ont vraiment besoin.

Et maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois filer. J'ai un formulaire de la CAF à remplir pour une "Allocation de Recherche Humoristique et Absurde sur les Stéréotypes Sociaux" ; il paraît que le montant est fabuleux, et qu'il inclut un bon d'achat pour une paire de claquettes de marque. Après tout, qui suis-je pour ne pas abuser d'un système qui nous offre de si beaux mythes ?

 : Cet article est un exercice de satire et d'absurde, et n'a en aucun cas pour but de minimiser les difficultés réelles des personnes en situation de précarité ni d'encourager la fraude. Il s'attaque uniquement à la caricature et au stéréotype du "profiteur" tel qu'il est véhiculé dans les discussions publiques).

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