L’OPA du silicium : quand le terroir du Sud-Ouest passe sous verre
Dans le Lot-et-Garonne, comme dans beaucoup de coins du Sud-Ouest, les champs n’ont jamais été de simples surfaces. Ce sont des prairies vallonnées, des parcelles bordées de haies, des terres souvent modestes mais travaillées depuis des générations. On y élevait des vaches, on y faisait du foin, on y composait avec les saisons et les sols. Rien de folklorique : juste une agriculture enracinée, discrète, essentielle.
Depuis quelques années, ce paysage change. Lentement, mais sûrement.
La transition énergétique est passée par là. Il faut produire de l’électricité, réduire le carbone, sécuriser l’approvisionnement. L’argument est sérieux. Le photovoltaïque, facile à installer et financièrement attractif, s’impose comme une évidence. Et ce sont souvent les campagnes qui accueillent ces projets — parce que la terre y est disponible, moins chère, et que les résistances y sont jugées plus faibles.
Du pré au panneau, version locale
Autour de Villeneuve, de Monflanquin, de Cancon ou dans les vallons du Livradais, des terres agricoles changent d’usage. Là où paissaient des troupeaux, apparaissent des rangées de panneaux, clôturées, surveillées, raccordées au réseau. Pour des agriculteurs fragilisés par les prix, les normes et les aléas climatiques, l’offre est compréhensible : un loyer stable, garanti sur vingt ou trente ans, là où l’élevage devient de plus en plus incertain.
Personne ne peut leur reprocher de chercher à sécuriser leur exploitation. Le problème n’est pas individuel. Il est collectif.
Car ces terres ne sont pas neutres. Elles façonnent le paysage, l’identité du territoire, son économie locale. Les transformer en supports énergétiques, ce n’est pas seulement produire de l’électricité : c’est modifier durablement l’usage du sol, souvent sans véritable débat local.
Une transition qui pèse surtout sur les campagnes
Le solaire est présenté comme propre et vert. Mais sur le terrain, les habitants voient autre chose : des haies arrachées, des clôtures, des parcelles figées pour des décennies, des paysages qui se standardisent. Le sentiment est parfois celui d’un effort demandé aux territoires ruraux, pendant que les bénéfices — financiers comme énergétiques — profitent surtout à des acteurs extérieurs.
Dans le Sud-Ouest, où le lien au paysage reste fort, cette transformation suscite des interrogations légitimes. Peut-on parler de transition réussie quand elle est décidée loin d’ici, avec des dossiers techniques difficiles à comprendre, et peu de prise réelle pour les communes et les habitants ?
Trouver une voie qui respecte le territoire
Il ne s’agit pas de refuser le solaire, ni de figer les campagnes dans le passé. Mais de refuser une logique de substitution brutale : remplacer une agriculture vivante par une infrastructure inerte. D’autres options existent : utiliser en priorité les zones déjà artificialisées, encadrer sérieusement l’agrivoltaïsme, maintenir une activité agricole réelle sous les panneaux, et surtout poser la question de la sobriété énergétique.
Dans le Lot-et-Garonne, la terre est rare, précieuse, et déjà sous pression. Elle doit d’abord nourrir, faire vivre, structurer les territoires. La transition énergétique ne peut pas se faire contre cela, ni au détriment du tissu rural.
Car au fond, la question est simple : voulons-nous que nos campagnes deviennent des zones techniques au service de besoins lointains, ou restent-elles des lieux de vie, de production et de paysages partagés ?

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