Médiathèques : un investissement public utile… à condition qu’il serve vraiment



Aujourd’hui, difficile de trouver une ville ou même un petit village sans sa médiathèque flambant neuve, son bâtiment moderne en verre, ses fauteuils colorés et ses rayonnages impeccablement rangés. On dirait presque qu’à l’entrée des communes, entre le panneau “Bienvenue à Trifouilly-les-Oies” et le rond-point décoré d’un tracteur fleuri, il y a désormais une obligation morale : construire une médiathèque.

Mais posons la vraie question, celle qui dérange, celle qu’on murmure tout bas entre deux réunions municipales : a-t-on réellement besoin de tout ça ?

La médiathèque : le temple du silence… vide

Soyons honnêtes. Dans l’imaginaire collectif, la médiathèque est un lieu vivant, culturel, dynamique. En réalité, certains jours, elle ressemble surtout à une réserve naturelle pour lecteurs en voie de disparition. On y croise :

  • Une retraitée qui rend un roman commencé en 2018

  • Un étudiant venu profiter du Wi-Fi gratuit

  • Un enfant qui a surtout repéré le coin BD

  • Et une personne qui cherchait la poste mais n’a pas osé repartir tout de suite

Le silence y est si parfait qu’on entend parfois une page se tourner à l’étage.

Du livre au casque de réalité virtuelle

Autrefois, on parlait de bibliothèque. C’était simple : des livres, des gens, parfois une documentaliste redoutable. Aujourd’hui, il faut dire médiathèque, parce qu’il y a des CD, des DVD, des tablettes, des consoles, des imprimantes 3D et probablement bientôt un simulateur de voyage temporel.

Le problème, c’est que personne ne sait vraiment utiliser la moitié du matériel. On finance une borne interactive dernier cri… que tout le monde contourne pour demander directement à l’accueil :
“Excusez-moi, les toilettes c’est où ?”

Un besoin… oui, mais lequel ?

Alors non, la médiathèque n’est pas inutile. Elle reste un lieu précieux : accès à la culture, aux livres, au numérique, à l’apprentissage, à la rencontre. Pour certains habitants, c’est même l’un des rares espaces publics gratuits où l’on peut entrer sans devoir commander un café à 4 euros.

Mais il faut reconnaître que chaque commune copie parfois la voisine :
“Ils ont une médiathèque de 600 m² ? Faisons-en une de 800 !”

Comme si la taille du rayon polar déterminait le prestige local.

Ce qu’on veut vraiment

Peut-être que la vraie question n’est pas : faut-il une médiathèque ?
Mais plutôt : que doit-elle devenir ?

Un lieu utile, vivant, ouvert, adapté aux habitants. Pas juste un joli bâtiment qu’on montre sur la photo du bulletin municipal entre l’inauguration du city-stade et la fête de la châtaigne.

Parce qu’au fond, personne n’a besoin d’une médiathèque vide.
En revanche, tout le monde a besoin d’un lieu qui donne envie d’y entrer.

Et si, en plus, on peut y emprunter un bon livre et repartir avec le sourire… alors là, oui, mission accomplie.

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